Décoder La Femme défaite, mélopée poético-orientale aux accents durassiens

La sortie de La Femme défaite, mon quatrième opus, chez Eléments de langage début décembre 2015, semblant susciter quelques interrogations, cela m’incite aujourd’hui à venir partager avec vous la genèse de ce titre. Une recension est sortie dans Le Journal du médecin, je la posterai ultérieurement sur ce site, ainsi que quelques commentaires de lecteurs. En attendant, vous pouvez la lire sur ma page Facebook professionnelle, où elle sera suivie fin janvier de celle du blog Fragments de lecture, que je relayerai également sur cette même page, où d’autres recensions à venir seront « postées » quand nécessaire.

La Femme défaite, un roman atypique…

Il s’est écrit en dix jours, nuits comprises – le texte tournait dans ma tête en permanence, il fallait que je l’écrive, d’une seule traite – et j’ai mis plus de41cenVuKWIL._AA160_
dix ans à le faire publier, un peu comme ma saga du Bûcher des anges ; il semblerait que la quête d’un éditeur soit toujours chez moi chose bien difficile, sans doute à cause de l’aspect atypique de mon écriture et de la difficulté (ou de la noirceur ?) des thèmes qu’à chaque fois j’aborde. C’est ainsi que j’ai encore un minimum de dix manuscrits refusés dans mes tiroirs, ceci pour réconforter ceux et celles d’entre vous qui seraient confrontés à la même problématique. L’époque est à la légèreté, et surtout aux livres dans l’air du temps, quel qu’il soit, elle est intraitable pour tous les autres, surtout ceux qui se démarqueraient (volontairement ou pas) de la ligne directrice ambiante. Après de nombreuses réflexions sur le sujet, y compris la remise en question de mon travail, c’est la conclusion à laquelle je suis parvenue, me consolant par ailleurs avec la conclusion de mon amie Nadine Monfils comme quoi c’était bien là la preuve que les éditeurs manquaient sérieusement de flair, et puis, Proust n’avait-il pas échoué 35 fois (oui, oui) à faire publier sa Recherche ?

La Femme défaite n’est pas publiée pour rien dans la collection OLNI (Objets Littéraires Non Identifiés) d’Eléments de langage…

Donc.

Je vous ai présenté mon livre et sa thématique dans une précédente newsletter, je n’y reviendrai pas. Et je viens à l’instant de vous livrer mon chemin d’écriture, franchement très particulier pour ce livre-ci, par ailleurs sorte de mélopée orientalo-poétique qui ne pouvait s’écrire que dans un seul souffle, c’était évident pour moi. Le résultat en est un court roman (j’insiste) dialogué que l’on pourrait prendre pour une pièce de théâtre (ce qui n’a aidé en rien à la classification éditoriale) mais qui n’en est pas (vraiment) une (encore que).

Personne ou personnage ?

41QDB8K2waL._AA160_Ce sur quoi j’aimerais revenir à présent, c’est sur la création d’un personnage, tant j’ai été surprise de voir, pour mon dernier opus, La Ville de la pluie (Maelström 2014), combien les gens faisaient des amalgames entre fiction et réalité (certes l’on écrit toujours à partir de soi, mais bon, ensuite on fait de la littérature) et combien ils oubliaient vite que « Je est un autre » ou que « Le poète est un menteur qui dit toujours la vérité », une phrase de Cocteau que j’avais, par prudence, pourtant mise en exergue de cet ouvrage-là.

Les gens, mes lecteurs, contaminés sans doute par la mode ambiante de l’autofiction, ont pourtant cru dur comme fer que tout du long c’était de moi que je parlais, et j’ai quasiment reçu des lettres de condoléances sur ma triste vie ! Alors que, certes, il y a des éléments personnels dans cette Ville de la Pluie (je ne dirai pas lesquels, histoire de préserver ce qui me reste de vie privée), mais ils sont entrelacés de tas d’autres éléments qui ne le sont pas, que j’ai inventés, fantasmés, car là réside bien tout l’art littéraire, non, sinon à quoi bon écrire de la fiction ? Les Anglo-saxons ne s’y trompent pas qui divisent, dans leurs collections, leurs bibliothèques et leurs librairies, les livres en « fiction » et « non fiction » (en anglais dans le texte).

Zara et l’effet de réel

Le processus est absolument le même pour La Femme défaite – et d’ailleurs pour Le Bûcher des anges et La Femme sans nom également – qui certes3. Femme_sans_nom.jpg parle de moi (je tairai les éléments concernés), et qui en même temps n’en parle pas, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Ce texte dialogué raconte, certes, mais surtout il brode, il affabule, il fantasme, et pas qu’un peu ! Car ce qui est certain c’est que je n’ai pas vécu dans le ghetto de Varsovie et que je n’ai pas eu de soeur morte à Treblinka ! Je n’ai pas davantage parcouru les rues de Leeds nue (ni celles de Bruxelles dans La Femme sans nom) en imaginant que mes parents brûlaient dans les hauts fourneaux des usines. Tout cela est de la pure invention, pour ne pas dire de la pure fiction !

Enfin, disons plutôt que c’est de la superposition, et que le personnage (à bien distinguer d’une personne réelle, l’auteur comme l’on pourrait être tenté de le croire) de Zara dans La Femme défaite est en fait l’amalgame de 4 ou 5 personnes, réelles ou inventées, dont mon amie Sara, juive d’origine polonaise, qui a bien eu une demi sœur (issue d’un premier mariage de son père, elle ne l’a pas connue) gazée à Treblinka, ou une autre amie anglaise schizophrène maniaco-dépressive (donc folle), que j’ai imaginée arpentant nue les rues d’une ville du Nord de l’Angleterre, ce qu’elle n’a jamais fait, à ma connaissance en tout cas.

Voilà comment l’on construit un personnage, qui aura toujours plus de force narrative qu’une simple personne, parce que plus complexe, et voilà pourquoi il convient de ne jamais se méprendre sur auteur et narrateur, ainsi qu’on l’apprend, normalement, lors de cours de littérature. Zara est bien un personnage, pas une personne et puis, quand une histoire vous emporte, pourquoi vouloir à tout prix la raccrocher à un semblant de réalité ? La littérature créé un « effet de réel » qui se suffit à lui-même, non ?

Hans ou le personnage composite

J’imagine que la notion de personnage est plus évidente dans le cas du personnage masculin de La Femme défaite, prénommé Hans à une occasion car il faut bien le nommer (sinon le lecteur réclamerait). Ce personnage est un personnage composite, ou éclaté, par excellence, puisqu’il prend tour à tour divers visages, ceux de tous les amants d’une nuit qu’a pu connaître Zara.

Certains ont été les miens (la littérature se nourrit du réel aussi), oui, en vérité je vous le dis, mais d’autres ont été inventés, repiqués, volés de ci de là, qui saura jamais (à part moi ?). L’important, dans un texte, c’est que le résultat final soit cohérent, et que cela fonctionne, c’est tout. Sur la vérité de tel ou tel pan d’une histoire, c’est l’auteur qui en détiendra toujours l’éternel secret.

Du transfert durassien au glissement pluriel

imagesEn guise de conclusion, je vous avouerai encore un petit secret de fabrication (privilège réservé aux lecteurs de cette newsletter) : ce roman est (in)directement inspiré du film de Resnais Hiroshima mon amour (donc si vous avez repéré des accents durassiens, vous n’avez pas rêvé, même si j’ai tenté de les gommer au maximum), un de mes films cultes.

C’est en le visionnant pour la dixième fois (au moins) et en étant impressionnée, une fois de plus, par cette astuce ultime de Duras consistant, pour l’héroïne, à s’adresser à son amant japonais du moment comme s’il était ce soldat allemand qu’elle avait aimé pendant la guerre, que j’ai transformé ce transfert pour le moins ingénieux en glissement pluriel et que j’ai imaginé qu’à plusieurs reprises Zara s’adresserait à « l’homme d’Anazabia » (autant le nommer ainsi) comme à divers personnages dont il prendra tour à tour l’identité pour un foisonnement masculin pluriel visant à expliquer la « défaitude » de Zara. Vous suivez toujours ?

Anazabia, ville de tous les rêves…

Un dernier mot sur Anazabia, un nom, et un lieu, qui a semblé intriguer bien des lecteurs. Certains y ont vu Pompéi (quelle imagination, là aussi !), d’autres une ville en Sicile (pourquoi là, grands dieux ?). D’autres encore m’ont dit dans leurs commentaires : « Je vais chercher Anazabia sur les cartes défaites » ou « Je vais déménager. Je pense aller vivre à Anazabia ».

En fait, soyons clair, Anazabia n’existe pas, à part dans la réalité de cette fiction qu’est La Femme défaite, ce qui n’est pas tout à fait rien, après tout.cover-femme-defaite Anazabia est un nom inventé de toutes pièces, enfin presque, ce qui lui permet d’accéder ainsi au statut de ville mythique.

Je ne pense pas déflorer quelque secret vital en vous révélant qu’elle se situe « quelque part » en Afrique du nord et que je l’ai (re)composée en prenant comme base le nom de la ville de naissance de ma grand-mère paternelle, Annaba, Bône, et en lui ajoutant le Z de Bizerte, où elle a vécu quelque temps ensuite. Des traces familiales, donc personnelles, dans ce roman sans aucun doute, mais des traces seulement, que j’ai à chaque fois transcendées ; sinon il s’agirait d’un récit. Sans explications, l’on serait effectivement bien en peine de deviner. Et d’ailleurs, est-ce si grave ? N’est-ce pas plus important qu’Anazabia garde son aura de ville orientale, quelque part au sud de la Méditerranée, ou ailleurs si on le souhaite, après tout, pourquoi pas ? Les lieux inventés sont les plus magiques, non ?

En conclusion

Voilà, quelques pans de mystère levés sur la genèse de La Femme défaite et qui, je l’espère, vous auront donné envie de la (re)lire sous un autre angle, ou bien de la découvrir si ce n’est encore fait.

373785_2728995899461_1479256891_nJe ne terminerai pas sans remercier chaleureusement mon éditeur, Nicolas Chieusse, qui a effectué pour ce livre un travail éditorial délicat de recentrement pour le moins édifiant puisqu’il a réduit à 128 pages un tapuscrit qui en faisait 250 au départ, ce sans jamais l’affaiblir ou le trahir ! J’ai été partagée quelque temps, je l’avoue, et puis j’ai avalisé, c’était tellement mieux, plus dense, plus fort, après ce recentrement qu’il avait effectué, et qu’il m’avait laissé le choix, très respectueux de mon travail, d’accepter, ou pas.

Nicolas a eu un coup de foudre (je crois) pour La Femme défaite avant « toilettage », et c’est une grande chance pour moi. Car ce manque de centrage explique peut-être aussi pourquoi ce livre avait été refusé jusque là ? Qui saura jamais ?

En tout cas aujourd’hui il existe bel et bien, sous une splendide couverture de Yolanda Calle, c’est un OLNI chez Eléments de langage et il vous attend avec une belle impatience !

Où trouver La Femme défaite ?

Pour vous procurer le livre en France, suivez ce lien vers le distributeur (Librairie Wallonie-Bruxelles, frais de port en sus).images

Ou sinon, donner le titre+mon nom+celui de l’éditeur+celui du distributeur (LWB)+le No d’ISBN (978–2–930710–08–2) à votre libraire préféré qui vous le commandera sans frais !

Pour vous procurer le livre en Belgique (et sans frais de port !), suivez ce lien, ou sinon donner le titre+mon nom+celui de l’éditeur+No d’ISBN (978–2–930710–08–2) à votre libraire préféré qui vous le commandera, sans frais de port aussi !

Il est sinon disponible directement chez Tropismes et Quartiers latins (à Bruxelles).

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1 Comment

  1. Sabrina de Ca Se Saurait sur 16 janvier 2016 à 1:42

    Merci pour toutes ces explications intéressantes 🙂
    Je suis tout à fait pour le fait de garder cette aura de mystère c’est ce qui fait une partie du charme d’un livre !

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