Sept ans de réflexion, ou l’épopée d’un premier roman…

indexLa publication du Bûcher des anges est un roman en soi !

Que diriez-vous d’une attente qui a duré…  sept ans ?

Voilà de quoi donner du cœur à l’ouvrage à tout apprenti écrivain !

Alors pour vous qui attendez peut-être encore la publication de votre premier roman, ne désespérez pas, et lisez plutôt ce récit pour le moins… étonnant !

Où il apparaît que le journalisme mène bien à tout, effectivement.

Au commencement était le Festival de la Nouvelle de St Quentin cuvée 1995, où j’étais invitée en tant que nouvelliste parce que l’adorable organisatrice (Marlène Deschamps) se souvenait de ma nouvelle (Eaux mortes, en écoute audio dans la bande latérale de ce site) sélectionnée en 1991 pour le Prix RFI de la Meilleure Nouvelle de langue française…

C’est pourtant en tant que… journaliste – puisqu’à l’époque, sur le conseil de mon ex mari, je rédigeais articles, interviews et recensions pour Ecrire aujourd’hui – que je me suis promenée entre les stands.

Au détour d’une allée, c’est toujours en journaliste que  je suis tombée sur celui des éditions Hors Commerce (Paris), dont j’ignorais tout, et que je m’y suis présentée en tant que telle. J’y ai sympathisé avec Delphine, l’éditrice, qui m’a donné moult livres à recenser, espérait-elle. Etonnement du jour, Philippe, l’éditeur, me connaissait déjà pour avoir lu ma nouvelle (Mauvais sort) publiée dans Nouvelle Donne, où il siégeait au comité de lecture…

Vous suivez toujours ?

Apprenant que j’avais aussi écrit un roman (Le Bûcher des anges pour ne pas le nommer) – cette fois-ci j’avais remis ma casquette d’auteur – Philippe a fait cette chose folle qui doit arriver à un auteur une fois dans sa vie : il m’a demandé si je pouvais lui envoyer ledit roman !?

Après un Festival de la Nouvelle des plus intéressants – c’est  à St Quentin que mon écriture a basculé suite à une formidable rencontre -, je me suis bien sûr empressée de lui faire parvenir l’opus demandé.

Et, chose tout aussi extraordinaire, quinze jours plus tard Philippe m’appelait à Bruxelles, laissant sur mon répondeur cet incroyable message où il se disait très emballé, par un roman qui lui avait fait le même effet que Nerval et Rabelais mélangés !

Ma joie devait néanmoins être de courte durée, jugez plutôt.

Après que tout ait très promptement démarré, la suite devait prendre… près d’une dizaine d’années à se concrétiser (comme quoi il ne faut jamais désespérer !).

Je ne sais plus si j’ai alors appelé Philippe ou si l’on s’est revus au Salon du livre de Paris, mais toujours est-il que ce merveilleux roman était trop noir et trop violent aux yeux de dame Delphine, il ferait forcément peur aux potentiels acheteurs qui n’aiment pas avoir peur, comme on le sait. Il allait donc falloir élaguer, réécrire et soumettre à nouveau…

Et comme à l’époque j’étais non seulement très sûre de moi et de mon travail, mais en plus insoumise, entêtée et arrogante, j’ai refusé de me plier à ce que je percevais comme un diktat infondé, et bien sûr la vie s’est chargée de m’apprendre une ou deux bonnes petites leçons d’humilité…

J’ai donc laissé tomber Hors Commerce en me disant que des éditeurs plus éclairés, plus tolérants, allaient forcément remarquer ledit roman après les envois que je m’apprêtais à effectuer…

Le temps a passé sans que je me souvienne, de leur part, d’un quelconque émerveillement.

J’ai le vague souvenir d’avoir rappelé Philippe en 1996 depuis un quai de la gare d’Austerlitz (en route vers ma famille), qui a maintenu son désir, leur désir, à Delphine et à lui, de me voir réécrire l’opus déjà cité.

Je pense m’être exécutée cette fois, bien qu’à contrecoeur, et puis j’ai attendu, attendu.

Comme la réponse ne venait pas – il avait déjà dû s’écouler quelques mois – j’ai dû reprendre mon téléphone, pour m’entendre dire que ça n’allait toujours pas…

Et j’ai jeté l’éponge, dégoûtée, un dégoût qui a bien dû durer quelques années.

Puis lors d’un passage au Salon du livre une fois de plus – à l’époque j’y allais plus régulièrement que maintenant -, quand j’ai vu que le stand d’Hors Commerce était là, j’ai décidé de m’y présenter. On était en 2000, cinq années après notre première rencontre, mais Philippe m’a tout de suite reconnue. Et tout de suite il m’a demandé : ton livre est toujours inédit ? Et hélas il l’était…

Nous avons dû discuter plus en détail cette fois des modifications à lui apporter et je suis repartie avec ce regain d’espoir dans ma besace.

Puis les mois ont passé.

Sans nouvelles.

Quand il y en a eu (j’avais dû appeler) ça n’allait toujours pas, Delphine, qui bloquait depuis le début, hésitait.

Jusqu’à ce que j’en ai marre et passe les voir, en février 2001, à la Foire du livre de Bruxelles où ils avaient planté leur stand…

Et là je crois que j’ai fait un sit-in des plus assidus (je n’en aurais plus le courage maintenant) : une semaine durant je suis allée à la Foire du livre et au stand de Hors Commerce, discutant de manière informelle avec la redoutable Delphine qui hésitait toujours mais que j’étais déterminée à « tordre » avec ce que je pensais être mon atout majeur : le fait que je sois publiée en tant qu’auteur jeunesse – vous voyez bien, que tous les chemins mènent à Rome ! -, qu’elle souhaite ouvrir une collection jeunesse et ait aimé certains de mes textes. Voilà qui n’était pas tombé dans l’oreille d’une sourde !

Tous les jours je suis allée lui faire mon numéro de charme, discutant avec elle à bâtons rompus de la future collection, lui apportant des textes, des albums publiés, histoire d’occuper le terrain et de faire valoir mes compétences ; puisque dans ce domaine-là elle daignait m’en reconnaître… J’allais y arriver, il le fallait. Et une fois un album jeunesse publié, elle ne pourrait plus dire non au Bûcher

Mais c’est par un tout autre biais que le changement en elle s’est opéré !

Je ne sais par quelle lubie je lui ai apporté mon dossier de presse, qui regorgeait surtout de recensions concernant mes traductions, toutes sauf celle d’Angelo Rinaldi (cf un précédent épisode raconté ici…). Et ce qui a remporté la donne, je n’ai toujours pas fini de m’en étonner, ce fut un article de Pierre Lepape, qui régnait alors en maître sur Le Monde des livres, Pierre Lepape qui louait à grand renfort d’adjectifs ma dernière traduction du redoutable Aidan Mathews, l’homme qui aimait cacher des citations détournées de Shakespeare à chaque coin de page et qui avait tout bonnement été un cauchemar à traduire !

Eh bien, Pierre Lepape ayant dit du bien de moi sur plusieurs paragraphes – ce qui est plutôt rare quand il s’agit de traductions -, Delphine m’a confié que l’on ne pouvait tout de même pas passer à côté de ça, des éloges de Pierre Lepape, et que, oui, du coup, elle ne voyait pas pourquoi Le Bûcher ne serait pas publié ; nul doute que Pierre Lepape en parlerait…

J’ai passé la suite de l’année dans un état de fièvre assez pénible, craignant en permanence qu’elle revienne sur sa décision.

Quand j’ai été chez eux quelques mois plus tard pour signer le contrat autour d’un bon repas et d’une bouteille de Champagne, je n’y croyais toujours pas.

Et une fois le contrat signé (émotion garantie !) je n’ai eu qu’une crainte, qu’Hors Commerce fasse faillite !

Une nouvelle crise a surgi autour de la correction des épreuves et de la suppression de virgules dites anarchiques et qui pour moi ne l’étaient pas, et je dois à… mon ex mari, encore lui, de m’avoir calmée, sans quoi je pense que j’annulais tout tellement je trouvais offensant que l’on coupe à nouveau dans ce texte pour l’hypothétique bonheur de futurs lecteurs.

Il m’a fallu attendre un mois encore, et la Foire du livre de Bruxelles cuvée 2002, pour toucher le miracle du doigt, mon livre était là ! Il existait ! Avec une belle affiche à la clé ! Et je me souviens encore de sa première acheteuse, une charmante Nathalie, dont le commentaire est à découvrir ici.

Je n’oublierai pas non plus ma grande émotion lors de cet autre message découvert sur mon répondeur quelques mois plus tard : mon roman, maudit depuis tant d’années, venait de gagner un prix, un prix de la SGDL (Paris), le Prix Thyde Monnier du Premier Roman…

J’en ai pleuré.

C’était la fin d’un long cauchemar.

Ainsi qu’une belle reconnaissance pour Philippe qui, tout du long, avait cru à mon livre et s’était battu pour qu’il existe.

Je vois toujours des cicatrices là où mes précieuses virgules ont été enlevées, et un ami écrivain trouve que la version censurée était bien meilleure que celle publiée…

Qu’importe, aujourd’hui, toutes ces frustrations balayées par la belle aventure qui a suivi (l’enregistrement du cd, les interventions publiques, les deux télés, les impressions de lecteurs etc.) et les ventes astronomiques pour un si petit livre (500 exemplaires vendus sur les 700 publiés, un best seller à sa manière ! 😉 Qui n’a pas bénéficié du soutien de Pierre Lepape, parti du Monde des livres dans le courant de l’année…

Aujourd’hui quand je vais au Salon du livre, le stand d’Hors Commerce n’est plus là.

Hors Commerce n’existe plus, leur collection jeunesse n’a par ailleurs jamais été lancée, et Philippe et Delphine ont divorcé…

Par contre, des années durant en allant à la Foire du livre de Bruxelles j’y ai croisé David G, rencontré lors de la sortie du Bûcher et qui, dix années plus tard, devait devenir l’éditeur de La Femme sans nom

David ne me l’avait-il pas dit lors de notre première rencontre, ignorant alors tout du livre que je venais de publier : « Madame, il y a un ange perché sur votre épaule. »

Nul doute qu’il veillait au grain…

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3 commentaires

  1. Edith Soonckindt sur 30 juin 2012 à 9:20

    Oui, un livre s’écrit longuement aussi, Hélène, parfois dans la tête, mais il y a un moment où il faut impérativement passer à l’accouchement papier… Je me souviens d’un professeur de scénario nous disant que le Tour de France ne se courait pas dans la tête… C’est une phrase qui m’a marquée et m’a régulièrement poussée à passer à l’acte quand je finissais par tourner en rond dans ma tête, justement. Or le Tour de France fait tout sauf tourner en rond ! 😉
    Quant à l’accouchement de mon premier roman, Nathalie, oui ce fut homérique, et épuisant, c’est le moins que l’on puisse dire ! Une belle leçon d’endurance, comme le Tour de France, finalement… 😉

  2. Hélène Billiet sur 28 juin 2012 à 9:21

    C’est vrai que l’on peut s’épuiser à trouver l’éditeur qui publiera notre premier roman… J’admire donc ta persévérance…
    Mais l’on peut aussi passer des années à écrire un roman. Je ne parle pas du temps que l’on met à écrire physiquement, pianotant sur son clavier.
    Tout est parfois dans la tête: des idées qui reviennent sans cesse, qui se modifient parfois mais qui ne disparaissent jamais tel un fil d’Ariane que l’on ne pourrait s’empêcher de dérouler…

  3. Nathalie sur 27 juin 2012 à 12:47

    Quelle extraordinaire aventure ! Et quel accouchement !
    Amener au monde ta creation et vaincre les peurs.
    Je suis profondément admirative.
    Merci pour ce partage d’expérience…
    Nathalie a publié récemment:..CocoricoMy Profile

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