Poète, vos papiers ! Un entretien avec Caroline Coppé

INTRODUCTION

 

images-2Caroline Coppé est une poétesse belge que j’admire tout particulièrement, à la fois pour la densité, la force et l’originalité de sa poésie, ce qui m’a poussée à vouloir vous la présenter aujourd’hui.

Elle est l’auteur de 3 recueils de poésie publiés à L’Arbre à paroles (Amay, Belgique) : « Embouchures » en 2001, « Apparences » enimages

2005 et « Langue morte suivie du flou » en 2008.

Elle a été lauréate du concours biennal de poésie en Communauté Wallonie/Bruxelles (La Pyramide 2000), et lauréate du concours de poésie « Poète toi-même » à Arras (France) en 2000.

Elle vit et travaille à Bruxelles, où elle est née.

2407932070.2Pour ceux et celles qui ne la connaîtraient pas encore, un extrait de « Langue morte suivie du flou » en guise d’entrée en matière :

« Mots lancés par le primitif archaïque

Pesanteur accordée

sur fond de leurre.

Loin dans la forêt gît ce tout à fait neuf

que l’homme ne peut nommer.

Juste à l’extérieur du regard,

le flou

l’invisible tant frôlé. »

L’ENTRETIEN :

 

1. Caroline, tu écris de la poésie depuis de nombreuses années, y a-t-il une ligne directrice chez toi de livre en livre ?

Non, il n’y en a pas. Je dirais plutôt qu’il y a des thèmes qui sont des sortes d’obsessions qui reviennent et que j’essaie de décliner différemment. Il y aussi l’étonnement de découvrir que mon écriture, malgré certaines récurrences, évolue et voyage entre différents styles. Mais je me sens plutôt dirigée par l’écriture et j’ai parfois l’impression d’être une simple exécutante.

2. Pourquoi as-tu opté pour la poésie plutôt que toute autre forme d’expression littéraire ?

C’est la poésie qui est venue à moi et qui s’est imposée. Mais j’écris de plus en plus de prose actuellement. Ce n’est pas vraiment un choix, cela s’impose.

3. Quelles sont tes sources d’inspiration ?

images-1Elles sont nombreuses. La vie que j’observe autour de moi, l’expérience et mes lectures sont toutes des sources d’inspiration. Pour mes deux premiers recueils, l’inspiration est venue – notamment- en observant des photographies d’une amie qui travaillait le macro légume. Ses photos ressemblaient à des paysages extraterrestres, ça me parlait. J’ai aussi lu beaucoup d’ouvrages anthropologiques à propos des peuples premiers, de leurs cultures, de leurs mythologies et c’est ce qui a inspiré mon troisième recueil  Langue morte suivie du flou et celui sur lequel je travaille en ce moment. Enfin c’est la rencontre entre un monde primitif et sauvage avec notre monde contemporain, sauvage aussi mais d’une autre manière, qui m’inspire aujourd’hui. Demain ce sera sans doute autre chose.

4. As-tu des maîtres, en poésie ?

Oui, et il me faudrait de nombreuses pages pour tous les citer. Tahar Ben Jelloun a été pour moi un réveilleur. Il a déclenché une sorte de choc électrique alors que j’étaisUnknown encore très jeune. Je me suis dit lorsque j’ai lu L’enfant de sable ou Moha le fou, Moha le sage que c’était ce genre de sensation que je cherchais en littérature, un mélange de pureté et de révolte.  A l’époque je ne pensais pas encore écrire, mais ça a réveillé quelque chose en moi. Il y a aussi eu Michaux qui a provoqué un séisme dans ma vie de lectrice. Michaux a dérangé les codes de l’écriture, il a créé une sorte de violence avec ce qu’il arrive à faire dire aux mots. Son écriture m’a secouée, avec lui j’étais sur des montagnes russes. Je dirais qu’il m’a donné l’autorisation en quelque sorte de décaper le langage. Et c’est cela qui m’intéresse, secouer toutes sortes de vérités. Chez les jeunes auteurs du moment, j’aime beaucoup l’écriture de Gwenaëlle Stubbe, et récemment j’ai découvert Doina Ioanid. Toutes deux sortent aussi des sentiers battus et j’éprouve énormément de plaisir à les lire. Ce sont des réveilleuses, elles m’inspirent aussi.

5. Comment se déroule le processus d’écriture pour toi ?

Unknown-1Parfois je me sens une peu comme une droguée qui a besoin de sa dose de mots mis sur le papier. Certains tableaux ou concerts de jazz peuvent susciter cette espèce de fièvre. Tout à coup ça me prend, les phrases arrivent et je les note (j’ai toujours un petit carnet avec moi). Mais ça peut m’arriver aussi au volant de ma voiture (plus gênant) ou à n’importe quel moment. Il m’arrive aussi de ne pas écrire du tout pendant longtemps, simplement parce que c’est contraignant ou que j’ai autre chose à faire. Alors ça vient dans les rêves, je rêve que j’écris et c’est tellement bon que cela m’encourage à m’y remettre. Parfois j’ai du temps, alors je me mets devant mon ordinateur et ça vient ou ça ne vient pas. Ça c’est la première phase : celle où des phrases et des mots surgissent. Après, il y a tout le travail. La mise en ordre, la création de la structure ; c’est l’entrée en salle de torture, mais il faut en passer par là si je veux donner un peu de cohérence au texte.

6. Quel regard poses-tu sur le paysage poétique contemporain, en Belgique comme enimages-4 France ?

J’ai l’impression qu’un peu partout la poésie se réveille et entre dans les maisons sous toutes sortes de formes ; le slam, le rap, et même parfois le théâtre contemporain est proche de la poésie. On est loin d’une poésie qui est enfermée dans les livres. Elle est dans la rue aujourd’hui et elle va vers les gens. Elle est souvent accompagnée de rythmes musicaux et ça me plait. C’est un très bon signe même si elle ne se vend pas forcément bien.

7. Je sais que tu écris également pour les enfants. Vois-tu cette activité comme étant parallèle ou complémentaire à la poésie ?

C’est la même chose, c’est le même genre de processus, mais avec des contraintes très différentes. L’écriture pour enfants est d’une certaine manière plus contraignante mais plus facile aussi, ou je devrais dire moins « prise de tête ». Si je devais les comparer à des formes je dirais que l’écriture pour enfants se rapproche du cercle, elle est circulaire, tandis que la poésie est plus proche du zig zag et du déhanchement. Les deux sont sources de joie et de contraintes et provoquent en moi le même genre de sensations.

8. Quel plaisir trouves-tu dans chacune de ces activités ?

J’éprouve toujours beaucoup de plaisir durant la première phase d’écriture qui est comme une petite danse. J’ai parfois l’impression de plonger au plus profond de moi-même. C’est aussi une manière d’arrêter le temps, par exemple je peux prendre neuf ou dix heures à écrire et réécrire une seule phrase en ayant l’impression d’y avoir passé cinq minutes. Enfin cette capacité de créer me procure un certain bonheur, c’est une sorte de bonus dans la vie, c’est comme si j’avais attrapé la floche (le pompon, nde) à la kermesse (enfin, c’est parfois comme ça).


images-39. Tu prépares en ce moment un 4ème recueil de poésie, encore à paraître. Peux-tu nous en parler ?

Oui, un peu. Je suis dans la phase « salle de torture ». Réécrire et réécrire, prendre du recul, y revenir, trouver ça nul, reprendre de la distance, se dire que tout compte fait ce n’est pas si mal, voilà je suis dans cette phase-là. C’est éprouvant.  C’est un texte que je voulais poétique au départ mais qui est devenu un dialogue entre un homme et une femme. Dialogue un peu déjanté et poétique j’espère, mais je n’en suis pas encore satisfaite. Voilà je n’en dirai pas plus. J’espère le terminer dans les semaines qui viennent.

10. Je crois savoir que tu caresses aussi le projet d’un recueil de nouvelles. Sur quel sujet, et qu’est-ce qui a décidé de ton passage à un autre genre ? En aurais-tu terminé avec la poésie ? 😉

Oui c’est vrai, mais pour le moment, ce qui m’importe c’est de terminer mon 4ème recueil de poésie. Je ne peux rien commencer d’autre avant cela. Je n’arrive pas à me concentrer sur plusieurs projets à la fois. Mais c’est vrai qu’il y a un projet d’écriture de nouvelles qui trotte dans ma tête. Je n’ai pas envie d’en parler alors que rien n’est encore écrit et que je ne sais pas quelle tournure cela prendra.  Je pense que je n’en terminerai jamais avec la poésie. Cela fait partie de moi, mais la poésie peut aussi s’inscrire dans de la prose narrative.

11. As-tu eu du mal à te faire éditer ?

Non, je n’ai pas eu de mal à me faire éditer. Cela dit, ce n’est jamais gagné et je suis bien consciente que chaque nouveau recueil peut être refusé.

12. Aurais-tu des conseils à donner à tout jeune poète, ou auteur, qui lirait cet entretien ?

Je pense en tout premier lieu à la sincérité. Ça a l’air simple, dit comme cela, mais c’est ce qui est difficile, en réalité. Un texte poétique, s’il est sincère, harponne leimages-2 lecteur, peu importe l’univers du poète.  Je lui dirais aussi de faire des pauses, de prendre de la distance avec son texte avant d’y revenir. Et je lui souhaiterais la bienvenue dans ce monde étrange où l’on peut vivre de grandes satisfactions tout seul dans son coin avec juste une phrase ou deux. Et en même temps, c’est un univers où on est seul face à soi-même, ce qui n’est pas toujours confortable. Je lui dirais aussi qu’il n’y a pas de règles, qu’on est libre de tout inventer, mais que c’est surtout du travail que dépend la qualité d’un texte.

CONCLUSION

 

Retrouvez Caroline Coppé et des extraits de ses trois recueils sur http://carolinecoppe.skynetblogs.be/

Ses livres s’achètent ou se commandent en librairie sans problème, en France comme en Belgique (et sans doute ailleurs) sur Amazon également,

et bien sûr directement auprès de La Maison de la poésie

BP 12
B-4540 Amay (Ombret)

Belgique

Courriel : editions@maisondelapoesie.com

Tél.: 32 (0) 85 31 52 32 – 8, place des Cloîtres (bureaux de la direction & éditions – Soirées poésie – Expositions)

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