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Zidendron

L ongtemps je me suis levé de bonne heure, avec des envies de bonheur.

Longtemps, comme par désoeuvrement, j’ai attendu les trois ours, 1, 2, 3, hop là !

Qui ne sont jamais venus alors que j’avais disposé toutes les chaises qu’il fallait pour de tels invités !

Pour tuer le temps j’ai sauté à la marelle sur les murs (mais c’est très dur), 1, 2, 3, ouh là là, vous n’imaginez même pas !

Aussi ai-je vite arrêté ; constamment courbé vers l’arrière, je suis si grand que j’en avais presque la tête en bas !

A tteindre le ciel ne serait pas pour maintenant.

Mais marcher la tête en bas remet les idées droit (disait toujours ma grand-mère) et le ciel m’a fait penser à Eden, qui vit dans mon cœur à quatre vingt à l’heure, alors pour elle j’ai dessiné une cabane colorée (à la différence de celle que j’habitais) toute en délicatesse, pour l’accueillir au fond du jardin sans détresse.

Mais ce n’était pas bien malin, la cabane était en papier et elle s’est déchirée.

Eden l’a senti peut-être ?

En tout cas elle n’a jamais montré le plus petit bout de son petit nez…

Pour finir j’ai changé de tactique.

Mon cœur n’en pouvait plus de battre autant, c’est épuisant.

A la place j’ai décidé d’attendre Elodie, parce qu’elle est jolie !

Pour l’accueillir j’ai été lui cueillir une robe au jardin, une robe qui sentait le jasmin !

Et en l’attendant j’ai fait couler un bain…

Et j’ai attendu, dans ma cabane blanche cousue main, celle qui n’est pas au fond du jardin…

J’ai attendu en regardant le bain. Ce qui n’était pas très malin

(Quand on est très grand comme je le suis, on entre difficilement dans une baignoire ; et puis le cerveau est très loin des pieds et c’est d’ailleurs pour ça que l’on dit « être bête comme ses pieds ». Mais il ne faut pas trop le répéter, les pieds pourraient se vexer).

Q uand une famille poisson assoiffée a frappé à ma porte, pratique ! je n’ai pas eu à sortir du bain précipitamment au risque de glisser, ni à trop vite me sécher ! Je leur ai simplement dit « Vous tombez à pic, j’attends la jolie Elodie ! Attendez donc avec moi, ce sera plus sympa ! Justement, je viens de faire couler un bain ! Vous y serez plus à l’aise que moi, qui suis bien trop grand pour tout ce tra deri dera tra la la. »

Et on a attendu, les poissons et moi, mais Elodie n’arrivait toujours pas.

Alors de gros nuages sont entrés dans ma tête, gros comme mon cœur qui l’était aussi à force d’attendre tous ces gens qui ne venaient pas !

Je les ai bien chassés de là, mais quand ils ont vu que j’étais triste (les Zidendrons de la race des Zidendrons savent mal cacher leurs émotions) les nuages ont pleuré à ma place des torrents de larmes. Mon cœur était gris souris gris de pluie gris de nuit, et quand on est très grand on a un très gros cœur qui peut contenir des zillions et des zillions de larmes !

C omme ils étaient bien élevés, les nuages ont pleuré au-dessus de la baignoire !

Pour m’éviter d’avoir à éponger.

Je les ai remerciés.

Chaleureusement.

Au moins, les poissons étaient contents !

Peut-être que ça ne serait pas une si mauvaise journée, finalement ?

Mais, c’est alors qu’on a frappé…

Serait-ce Eden, Elodie, ou les trois ours enfin décidés ?

J’ai trop peur d’être déçu, finalement.

Alors je laisserai la porte fermée.

En attendant que le temps passe passe passe.

Ainsi que passent les limaces.

 

 Edith et Chloé Soonckindt – Bruxelles, juillet 2009

Nota : La maison d'édition n'existant plus, je me permets de reproduire le texte in extenso... 

 

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