Où il apparaît que la persévérance est une vertu et l’humilité une inestimable qualité…

imagesN’ayant aucun avancement particulier à signaler concernant ma traduction du moment – cette semaine je boucle un projet d’écriture, avant de me lancer dans les nombreux mois que va me demander cette fameuse traduction -, je répondrai aujourd’hui à une question que de nombreux aspirants traducteurs m’ont déjà posée : comment percer ?

Et, hélas, je n’ai pas de réponse carrée à vous offrir, ni même prometteuse.

La raison en est simple : le hasard y sera pour beaucoup et c’est votre propre facteur chance qui entrera surtout en jeu, en plus du minimum de talent requis, cela va sans dire. Cela étant dit, un facteur chance ça se travaille, ça se suscite, et ça s’entretient ! 😉

Avantage très net sera donné aux Parisiens, on ne peut le nier (j’y reviendrai), et/ou à ceux préparant un master ou tout autre diplôme spécialisé, essentiellement parce qu’aujourd’hui ils sont assortis d’un stage, incontournable sésame en vue de pénétrer le saint des saints. Le stage est un précieux pied dans la place, une fois que vous l’avez glissé faites en sorte de vous faire (bien) remarquer, d’entretenir de bons rapports avec tout le monde, d’être ponctuel(le), professionnel, sérieux (mais l’humour est un plus indéniable ;-)), et surtout, surtout, n’omettez pas de garder le contact une fois votre stage terminé ! Même si votre stage n’est pas de traduction, l’important c’est d’être dans la place et de tisser des liens qui, de personne en personne, vous mèneront vers celle/celui qui, peut-être, vous offrira votre première chance.

Et c’est là que les choses sérieuses commenceront vraiment : effectuer cette traduction avec le plus de soin possible (ne surtout pas compter ses heures !), ne l’avoir acceptée que si vous sentiez qu’elle était dans vos cordes, la rendre dans les temps et être ensuite ouvert(e) aux critiques et autres commentaires, éventuellement à une réécriture ou des remaniements. Must de l’opération : consulter Google à gogo et surtout ne pas hésiter à contacter l’auteur (sans le harceler pour autant) au moindre doute. Préférer donc la traduction d’un auteur vivant, c’est plus simple et plus sympathique.

Si vous n’avez pas la chance d’être parisien (ce qui signifie essentiellement pouvoir fréquenter les lieux et les cocktails où vous effectuerez les précieuses rencontres), ou celle de faire un stage, ne négligez pas vos autres « relations », multipliez les rencontres, c’est peut-être par le fils de la concierge que vous entendrez dire que, ou par l’amie de cette autre fille rencontrée dans votre club de sport… Savoir créer du lien est vital (voir ma propre expérience), même si c’est un exercice paradoxal pour des gens qui choisissent souvent la traduction pour le plaisir de travailler seuls dans leur coin et de ne pas avoir à s’embarrasser de politesses de salon. Ceci n’empêche pas cela, j’en suis la preuve : j’adore travailler seule chez moi (mes trois années dans un bureau furent une vraie souffrance) mais je suis aussi très sociable et mes années à l’étranger m’ont appris l’art de créer du lien rapidement, et celui de l’entretenir… Le small talk n’a plus de secret pour moi et c’est un art que je vous recommande d’acquérir (il existe plein d’ouvrages à ce sujet), et qui n’empêche en rien celui de créer des relations plus profondes.

Vous êtes un ours mal léché et/ou vous ne sortez jamais de votre nid d’aigle à Borne les mimosas ?

Patience, il reste encore la solution de la candidature spontanée (que trop de traducteurs pensent être la seule option, or ce n’est vraiment pas la meilleure), qui peut fonctionner si votre courrier arrive au bon moment au bon endroit…

Inutile de la déposer si vous avez pour seule offrande votre C.V de jeune étudiant(e) sans rien de plus à la clé.

Par contre, si votre mémoire de fin d’année (ce fut mon cas) se trouve être l’inédit d’un auteur connu (ce qui est toujours le meilleur choix), n’hésitez pas à l’envoyer (non sans l’avoir protégé au préalable) ! Mais ne tardez pas, c’est arrivé à une jeune amie qui, quand elle a présenté le sien sur mon conseil (après avoir traîné tant et plus), a découvert qu’un traducteur maison avait planché sur le même sujet (et était à un stade plus avancé…).

Sinon, montrez votre savoir-faire par le biais d’une (courte) traduction de votre choix (un chapitre maximum+fiche biographique de l’auteur+quatrième), non sans avoir vérifié au préalable si la traduction n’existait pas déjà, ailleurs, dans sa totalité… L’écueil le plus fréquent est qu’une traduction d’un auteur/ouvrage semble ne pas exister et qu’elle soit malgré tout en cours, quelque part, sans que vous ayez moyen de le vérifier (l’achat de droits fait rarement la une de Google…). Ne traduisez jamais un livre en entier sans commande préalable, c’est bien trop risqué ! Et soignez votre orthographe, cela semble superflu à souligner, pourtant j’ai reçu des courriers d’apprentis traducteurs truffés de fautes, auxquels je n’ai jamais osé dire que leur carrière s’arrêtait d’ores et déjà là ; mais ici je le dis : n’envisagez même pas ce métier si votre orthographe n’est pas impeccable !

Bien sûr, n’oubliez pas de bien cibler votre éditeur, inutile d’aborder les éditions Odile Jacob avec de la prose du XVIIe anglais !

A ce propos, n’oubliez pas que le domaine de la traduction littéraire est vaste et qu’il s’applique à toute traduction non technique, histoire, presse, bien-être, spiritualité, bricolage, cuisine, etc., domaines dans lesquels les places sont nettement moins chères ! Faites votre choix (en consultant par exemple le catalogue du Salon du livre de Paris dont j’ai parlé ici), trouvez un extrait à traduire, et envoyez, sans oublier vos coordonnées et deux-trois mots (modestes) vous concernant. Renseignez-vous au préalable sur le nom du directeur de collection que vous visez (voir toujours ce même catalogue), cela donnera à votre courrier de meilleures chances d’aboutir.

J’ai effectué cette démarche en période de jachère, en envoyant un exemplaire d’une œuvre déjà traduite (avantage de l’expérience) et ça a marché (alors qu’on me l’avait déconseillé) ! C’est à cela que servent les dix exemplaires que votre éditeur vous remettra gracieusement une fois votre traduction publiée (si vous en êtes à ce stade-là au moment de me lire), un passeport pouvant aider à vous faire connaître… Quand vous aurez un peu plus de bouteille, pensez au site ou blog sur la toile (mais n’y mettez rien d’inédit qui pourrait en inspirer d’autres…).

Dans tous les cas de figures l’éditeur se fiche un peu de qui vous êtes et des études que vous avez suivies, ce qui lui importe c’est que vous soyez fiable (surtout au niveau des dates de remise), performant, sérieux, souple et aimable ! The proof is in the pudding : si votre échantillon de traduction est bon, ça lui suffit généralement comme sésame ! (c’est comme ça que j’ai commencé). Dans ce métier de toute façon, vous serez toujours jugé sur pièces, par les éditeurs comme par les journalistes.

Une dernière option, pour les plus érudits : proposer une nouvelle traduction d’un texte classique (histoire de régler son compte à la vieille querelle des sourciers et des ciblistes), ou encore de celle qu’aurait effectué un auteur non traducteur (voir Baudelaire ou Yourcenar) et à la personnalité/au style un peu trop  prononcé pour savoir se glisser modestement derrière un texte qu’il faudra servir, et non asservir…

Ah, j’allais oublier, si vous n’y faites pas d’allergie carabinée, pensez à contacter les éditions qui font de la chick litt ou de la romance à la pelle, ils ont besoin de traducteurs et envoient assez facilement un échantillon à effectuer ; mais attention, chez eux l’anglicisme est roi, donc ce n’est pas vraiment une bonne école (dont il vaudra mieux ne pas se vanter ailleurs), qui plus est ils ont l’art de sous payer. Si les meurtres à gogo ne vous effraient pas, il y a aussi le polar, où les places sont moins chères (et les rémunérations aussi…), encore que ce soit un art bien particulier que de bien traduire un polar !

Quel que soit votre choix, votre voie, n’oubliez jamais atlf.org pour tout renseignement pratique (contrats, rémunérations) concernant le « milieu ». Il vous est vivement recommandé de vous y affilier dès que votre première traduction sera éditée. Votre nom sera ensuite publié dans un annuaire distribué aux éditeurs. Sachez néanmoins que c’est surtout la qualité de votre travail et le bouche à oreille qui feront votre réputation, et donc votre carrière !

Deux choses à savoir encore, une positive et l’autre moins : qu’en tant que jeune traducteur l’éditeur pourra vous rétribuer à un tarif moindre qu’un traducteur plus aguerri, ce qui peut toujours l’intéresser, et que le marché des traductions de l’anglais est to-ta-le-ment saturé ! Alors si vous lisez ces lignes avant de vous lancer dans de longues études, filez aux Langues O plutôt qu’en fac d’anglais, le mieux étant encore de posséder plusieurs langues, bien sûr, une majeure et une « mineure ». Faites votre étude de marché auparavant et évitez de choisir une langue qui n’aurait aucune production littéraire…

Sachez enfin qu’il y a peu de chances que vous parveniez, dans un premier temps en tout cas, à vivre de la seule traduction littéraire – je ne sais toujours pas comment j’y suis parvenue vingt années durant, mais ma ténacité personnelle ne fait pas de moi un exemple commun, ni le fait que j’ai souvent vécu au jour le jour, le nez sur le guidon… Donc en même temps que vous poursuivrez cette voie, qui peut par ailleurs mettre un certain temps à s’ouvrir, assurez-vous de posséder un autre métier… Car je ne souhaite à personne les aléas que j’ai connus et dont certains sont décrits ici.

Attention, les newsletters de l’été pourraient être plus épisodiques, pause estivale oblige… 😉

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6 commentaires

  1. Edith sur 27 octobre 2014 à 3:33

    Bravo, Ewa, pour votre beau et fructueux parcours ! La traduction littéraire étant un secteur passablement bouché (…), je suis bien en peine de vous recommander quoi que ce soit. Les Assises de la traduction à Arles début novembre serait déjà un fabuleux départ truffé de pistes à explorer ! Le CITL, Arles toujours (voir leur site), a une Fabrique des traducteurs (ateliers d’une journée) qui pourrait vous intéresser. Idem pour le CNL qui a lancé un cursus de traduction littéraire (cette fois-ci à Paris). Enfin, mieux encore car pouvant se pratiquer à distance, le CETL de Bruxelles offre une formation en traduction littéraire. Vous avez l’avantage d’avoir plusieurs langues, dont une dite mineure, c’est une aubaine qui pourrait vous aider à vous lancer ! Tous mes souhaits vous accompagnent.

  2. Ewa Camière (Kazimierczak) sur 27 octobre 2014 à 3:21

    Merci Edith pour cet article intéressant dont le « côté pratique » est touchant…
    J’ai 60 ans, 5 enfants et 5 petits enfants;
    Je suis Polonaise, en France depuis 1975, avec un break de 7 ans en Allemagne (1982-89).
    J’ai fait des études de Linguistique Générale et Appliquée à Paris V (licence 1976 ) et maîtrise tous les UV validés et mémoire non terminé et à Paris IV licence de russe, de linguistique russe et de langue littérature et civilisation polonaise 1978 et maîtrise tous les UV validés et mémoire de russe non terminé. J’ai travaillé au secrétariat de la Bibliothèque Nationale pendant 6 mois, à la Librairie Polonaise de Paris et à la maison d’édition polonaise « Spotkania » qui éditait des livres qui ne pouvaient pas paraître en Pologne (censure). C’est à cette époque que j’ai traduit 3 articles du livre d’un philosophe polonais Joseph Tischner « Ethique de Solidarite » et je figure en tant que collaboratrice de Krystyna Jocz. Ce livre a été édité par la Librairie Adolphe Ardant et Critérion en 1982. Ce livre a été réédité 1 ou 2 fois; La s’arrête mon expérience de traduction littéraire.
    Depuis 1980 j’ai la nationalité française.
    Mère de 4 enfants j’ai fait le IUFM de Grenoble (1980-1982) et j’ai enseigné jusqu’ à 2010 dans l’Isère et dans la Loire.

    A part le polonais et le français que je possède aussi bien à l’écrit qu’à l’oral, j’ai des connaissances en allemand, anglais, russe et italien.

    J’ai fait du chant classique et de variété et je pratique la danse sportive (danses standard) avec mon mari.

    Est-ce que vous pourriez me conseiller par quel bout je pourrais d’abord réchauffer mes cellules grises : une formation, un stage de traduction?, pour chercher ensuite des opportunités de traduction. Ou peut-être vous pourriez me diriger vers quelqu’un qui pourrait le faire.

    Très cordialement

    Ewa Camière (Kazimierczak)

  3. Balagna Xavier sur 26 janvier 2014 à 7:10

    Bonsoir,
    je viens de tomber sur votre article en cherchant sur le net comment se lancer dans la traduction littéraire. Très intéressant et encourageant malgré tout!
    Ma spécialité c’est l’espagnol et j’habite à la Réunion, où je suis professeur et traducteur.
    Je suis curieux de découvrir ce fameux e-book.
    Merci.
    Xavier

    • Edith sur 26 janvier 2014 à 7:28

      Merci pour votre intérêt ! Le livre peut se commander à différents endroits de de site, sinon directement sur Amazon.fr en encodant son titre. Merci à vous et belle continuation littéraire !

  4. admin sur 6 juillet 2012 à 11:51

    Merci pour ta lecture, et ton intérêt ! Ce que je dis sur Paris peut être sujet à caution, j’ai percé alors que j’étais à Nice, puis en Hollande… Mais c’était il y a de nombreuses années de cela et la vis (surtout pour les anglicistes) s’est fameusement resserrée depuis, hélas.

  5. Hélène Billiet sur 5 juillet 2012 à 11:36

    Edith, j’ai lu ton ebook conseils aux traducteurs: très clair, concis et va à l’essentiel. J’ai touours rêvé d’être traductrice littéraire et je partage ton avis sur la question. Je n’étais pas prête de monter à Paris…
    Hélène Billiet a publié récemment:..Commentaires sur Improve your French with Françoise Hardy’s Song Les garçons et les filles par Hélène BillietMy Profile

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