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Ma première traduction

M a première traduction, Anagrammes de l'Américaine Lorrie Moore, m'a été confiée dans de curieuses circonstances lors de mes années niçoises.

Bien qu'ayant fait (plutôt à contrecoeur) un mémoire de maîtrise/Master 1 (avec feu Claude Richard, de Montpellier III) en traduction (Les Petits riens de la vie, de Grace Paley, publié ultérieurement chez Rivages, sous le nom de Claude Richard...), je ne me destinais absolument pas à cette profession. Moi, ce que je voulais à cette époque, à mon retour de cinq années en Angleterre, c'était vivre de ma plume (douce illusion déjà exposée dans mes billets d'humeur sur Bela), point.

C'est lors d'une visite sur les collines de Nice à une amie universitaire que le téléphone a sonné : c'était Gilles Barbedette des éditions Rivages qui s'en venait demander à mon amie Bénita (ex étudiante de Claude Richard rencontrée sur un bord de route en faisant du stop avec un drôle de Colombien...) si elle ne pourrait pas lui recommander un étudiant pour une traduction qu'il ne savait pas à qui confier. Bénita me l'a passé, le lien s'est fait, j'ai effectué un échantillon, j'ai été choisie, et c'est ainsi que j'ai signé un premier contrat d'édition, qui sera suivi de trois autres jusqu'au décès de Gilles, me disant que c'était sûrement un pas dans la bonne direction... Après coup, Bénita m'a confié que si je n'avais pas été à ses côtés ce jour-là elle n'aurait jamais pensé à moi, puisque mon rêve n'était vraiment pas de traduire !

J 'ai trois  souvenirs en tête suite à la parution de ce roman farfelu et... intéressant : publiée chez Rivages, cette traduction m'offrait le (rare) privilège de voir mon nom aux côtés de celui de l'auteur sur la couverture. J'étais dans tous mes états (depuis, hélas, cet attrait de la nouveauté s'est envolé, je m'offre le culot d'être plus blasée). Au point que, mue par une émotion véritable - j'entendais mon nom lancé par tous les enseignants qui l'avaient prononcé à voix haute jusque là, depuis le primaire jusqu'à l'université -, j'ai dormi avec le livre posé à côté moi, comme un doudou ou quelque talisman porte bonheur !

Le deuxième souvenir (qui m'a servi de leçon) est nettement moins agréable : jeune traductrice, je n'étais pas à l'abri de quelques anglicismes, et le redoutable Angelo Rinaldi  (critique littéraire de son état et de l'époque) ne s'est pas privé de moquer mon "arrière de la tête" que j'avais mis pour "nuque" (honte à moi) afin de traduire "back of the head" (ce qu'aucun correcteur, me dois-je d'ajouter, n'avait remarqué ni fait modifier...). Le reste du texte ne comportait pas de fautes, mais c'était plus drôle de faire remarquer la seule et unique commise, n'est-ce pas ? Et passionnant de lui consacrer un paragraphe ! Autant dire que depuis, je suis devenue très à cheval sur les anglicismes, et dans mes propres traductions, et dans celles des autres que je suis appelée à corriger !

Cela étant, des années plus tard, hier très exactement, quel n'a pas été mon étonnement, et mon bonheur (paradoxal) en voyant la même "erreur" à la p 201 d'un livre plutôt bien traduit (du japonais) par Rose-Marie Makino-Fayolle : La Formule préférée du professeur (de Yoko Ogawa) : "Je me levais de temps à autre pour jeter un coup d'oeil à travers le guichet de l'accueil, mais je n'apercevais que l'arrière de sa tête." Alors, erreur ou pas erreur ? Dans ce cas-ci, la traductrice ne peut être accusée d'anglicismes !?

L e troisième souvenir lié à Anagrammes est ma rencontre pour le moins inattendue avec l'auteur, qui se trouvait être en visite chez un voisin (avocat) d'une amie parisienne (rencontrée à Londres, lorsque j'y compilais un dictionnaire !), amie à qui j'avais offert ma traduction lors d'un dernier passage, et qui s'est souvenu du nom de l'auteur lorsque son voisin a parlé d'un ami américain (avocat) qui allait venir le voir avec sa femme écrivaine (Lorrie Moore !). Avouez que c'est particulier, comme rencontre  ! Et ce fut une superbe soirée !

J'allais oublier un détail "historique" : cette première traduction a été faite avec papier/crayon et tapée ensuite "à la machine"... Never again!!

 

L'HISTOIRE

Voici une fiction tout enrobée de mystère. un assemblage de scènes ordinaires qui mettent en jeu les mêmes personnages sans qu'on apprenne jamais de "vérité finale" sur eux. Lorrie Moore, saluée par la critique pour son premier livre, Des Histoires pour rien, confirme dans ce roman l'excellence d'un talent acerbe et une maîtrise tout à fait originale des jeux de langue et de narration. Une jeune femme, Benna, entreprend de faire ici le récit de son existence - ou plutôt de la multiplicité de ses existences. Est-elle chanteuse de night-club ? Ou bien une fausse mère qui élève un enfant imaginaire ? Le livre est fait de ces rebonds permanents qui montrent à la fois l'énergie des personnages et leur désarroi. Sous la veine comique, qui permet à Lorrie Moore de continuer la dissection des comportements américains, on devine aussi un certain degré de vulnérabilité. Et cette contradiction devient peut-être la clé de ces "anagrammes".

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